Les
pays qui se sont ouverts aux échanges et aux investissements
internationaux ont connu généralement une croissance économique plus
forte que celle des pays industrialisés, leurs exportations ont
progressé à un rythme supérieur à la moyenne mondiale et représentent
aujourd’hui près d’un tiers du commerce mondial des marchandises. Les
flux d’investissements privés à destination des pays en développement
ont atteint 240 milliards de dollars en 2000 contre une moyenne
annuelle de 60 milliards entre 1989 et 1994, leur conférant un poids
grandissant dans les processus de développement.
Dans les pays
à forte croissance économique, le recul de la pauvreté a été
relativement plus important. La pauvreté a notamment diminué plus
rapidement lorsque la croissance a été accompagnée par des mesures
ciblées de redistribution des revenus. Entre 1990 et 1999, la part de
la population mondiale vivant avec moins d’un dollar par jour a décliné
de 29 à 23 pour cent. Sous la pression de la croissance démographique,
cette diminution n’a cependant pas été suffisante pour réduire le
nombre des personnes vivant dans l’extrême pauvreté.
La dynamique de la mondialisation
a sans conteste ouvert de nouvelles opportunités pour les pays en
développement. Elle n’est cependant pas une panacée pour résoudre tous
les problèmes économiques et sociaux que posent le développement. Pour
la majeure partie des pays les plus pauvres, la vitesse et la capacité
d’adaptation qu’impose l’internationalisation des marchés représentent
un véritable défi. Les possibilités de saisir les chances offertes par
ce nouveau contexte sont, en général, plus faibles pour les pays qui ne
disposent pas des connaissances et des infrastructures appropriées et
qui font face à d’importantes contraintes structurelles. Dans la
plupart des cas, leur croissance économique est restée trop faible pour
diminuer la pauvreté de manière significative; leur part dans le
commerce mondial n’a pas augmenté et a même, dans certains cas,
diminué.
En faisant dépendre de manière critique le succès
économique de l’acquisition rapide de compétences et de la création et
de l’utilisation efficace de la technologie et de l’information, la
mondialisation s’est ainsi traduite, pour un certain nombre de pays,
par une accentuation de leur marginalisation. L’instabilité des flux
financiers internationaux et la fluctuation des prix des matières
premières continuent par ailleurs de représenter un danger pour les
pays en développement. Ainsi, la mondialisation comporte certains
risques qu’il s’agit de gérer pour en faire un processus intégrateur.
Quel rôle la coopération peut-elle jouer face à ces réalités?
La
coopération au développement, et plus particulièrement la coopération
économique et commerciale, représente une contribution indispensable
pour aider les pays partenaires à relever les défis de la globalisation
et mettre au service de la réduction de la pauvreté les potentialités
offertes par les forces du marché. L’aide joue un rôle crucial pour
stimuler les investissements et le commerce, ainsi que pour favoriser
la création d’un environnement national offrant des conditions-cadre
propices au développement de l’activité économique et à une meilleure
répartition des fruits de la croissance.
«Chaque
dollar n’est évidemment pas toujours bien dépensé. Ceci est valable
tant dans les secteurs public que privé. Les études de la Banque
mondiale ont toutefois montré que l’aide en faveur de pays qui suivent
des politiques raisonnablement solides – et il en existe beaucoup – a
des effets significatifs en termes de croissance et de réduction de la
pauvreté.» Joseph Stigliz, Financial Times, 14 avril 2002 |
Son
impact est d’autant plus grand dans les pays qui s’engagent à mettre en
œuvre des politiques orientées sur la croissance durable et la justice
sociale. Comme l’a confirmé la conférence de Monterrey sur le
financement du développement en 2002, les orientations définies dans le
précédent message, en mettant l’accent sur l’aide comme levier pour la
promotion de la croissance économique et le développement du secteur
privé, se sont révélées judicieuses.
Dans le contexte actuel
de stagnation de l’aide publique au développement, la mobilisation des
ressources privées et l’intensification des échanges s’imposent en
effet comme des contributions additionnelles indispensables pour
favoriser le développement. Au cours des prochaines années, les mesures
de coopération économique et commerciale viseront donc une
consolidation et une optimisation des acquis. Dans le cadre d’une
approche privilégiant le dialogue politique, les partenariats
stratégiques et la concentration géographique, une attention
particulière continuera d’être portée à l’objectif global de réduction
de la pauvreté et aux besoins spécifiques des pays en développement
dans le processus de mondialisation.
La communauté internationale s’est ainsi engagée dans la déclaration du Millénaire à
réduire la pauvreté de moitié d’ici 2015. Pour atteindre cet objectif
ambitieux, les institutions financières internationales et la
communauté des donateurs tendent désormais à accorder leur soutien dans
le cadre de stratégies de réduction de la pauvreté élaborées par les
pays bénéficiaires avec la participation de la société civile, afin de
favoriser une meilleure adéquation de la coopération au développement
aux besoins spécifiques des pays. Se basant sur un vaste processus de
coordination international et un partenariat renforcé avec les pays
bénéficiaires, cette forme d’appui permet d’améliorer la cohérence et
l’impact de l’aide et d’intégrer l’objectif global de réduction de la
pauvreté dans les politiques nationales.
Elle contribue
également à renforcer le fonctionnement des institutions et à garantir
à ce que les secteurs sociaux, tels que l’éducation et la santé,
reçoivent suffisamment de ressources. Au travers d’un dialogue continu
et de programmes d’aide financière et de renforcement des capacités,
ces mécanismes permettent de soutenir les processus de réformes
favorisant le retour à la stabilité macroéconomique et la mise en place
de conditions-cadre favorables à l’épanouissement de l’initiative
privée.
Il apparaît aussi toujours plus clairement que les
efforts conjoints des secteurs privé et public sont indispensables pour
progresser dans le processus de développement. Ce dernier s’inscrit
dans une dynamique complexe, où la répartition des rôles et le poids
des institutions et des politiques sont déterminants. Aujourd’hui, la
complémentarité entre les rôles de l’Etat et du secteur privé est
largement reconnue. Il importe, dès lors, de renforcer ces partenariats
en favorisant le dialogue et la mise en commun des ressources. La bonne
gouvernance joue dans ce contexte un rôle essentiel. La garantie d’un
Etat de droit, la transparence et la gestion efficace des affaires
publiques et privées sont des principes fondamentaux de la coopération
internationale et favorisent la création de relations de confiance
entre les partenaires privés et publics.
La mobilisation des
ressources privées est donc cruciale pour accroître les moyens à
disposition des pays en développement et réduire progressivement leur
dépendance vis-à-vis de l’aide.
«Une
croissance économique vigoureuse et soutenue du secteur privé est
créatrice d’emplois et de revenus pour les pauvres. Elle est aussi
génératrice de recettes publiques susceptibles de financer des
programmes de développement social et de protection sociale, et un
renforcement du cadre institutionnel et des infrastructures matérielles
nécessaires au bon fonctionnement des marchés. L’Etat, le secteur privé
et la société civile ont tous un rôle crucial à jouer dans la réduction
de la pauvreté en encourageant une croissance économique favorable aux
pauvres, par l’instauration de marchés efficaces et concurrentiels.» Lignes directrices du CAD pour la réduction de la pauvreté, Avril 2001 |
Les
investissements directs étrangers jouent à ce titre un rôle important.
Il ne peuvent toutefois constituer qu’un complément aux efforts
nationaux de financement du développement. La mobilisation des
ressources locales, qui offre l’avantage de stimuler l’esprit
d’entreprise et de maintenir les ressources dans les pays partenaires,
demeure indispensable et doit à l’avenir continuer de recevoir une
grande attention. L’accès au capital est particulièrement important
pour les petites et moyennes entreprises (PME), qui forment la majeure
partie du secteur privé local. Outre le problème financier, celles-ci
font face à de nombreuses contraintes limitant leur développement et la
création de places de travail. Il importe donc de renforcer leurs
capacités de gestion et de soutenir leurs efforts d’insertion dans les
marchés internationaux.
«Plutôt
que de se plier à la nécessité de s’adapter à un système mondial censé
être immuable, ils doivent s’efforcer de façonner ce système en
fonction de leurs propres forces et faiblesses. Ce processus devra
nécessairement aller de pair avec, pour ces pays, un effort
d’intégration dans un système économique transformé et plus ouvert.» Rubens Ricupero, Rapport du Secrétaire général de la CNUCED à la Xe CNUCED, Bangkok, Février 2000 |
Comme
l’a montré la Conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du
commerce (OMC) à Doha en novembre 2001, l’intégration dans le commerce
mondial des pays en développement et, en particulier, des pays les
moins avancés, représente un défi majeur. Le développement des échanges
avec le reste du monde est une source importante de financement et de
diversification des économies locales. Dans ce cadre, l’accès aux
marchés des pays industrialisés constitue un enjeu de première
importance.
Le respect par les pays de l’Organisation de
coopération et de développement économiques (OCDE) des règles
fondamentales de l’OMC est de même déterminant pour renforcer la
confiance des pays partenaires dans le système commercial mondial et
leur permettre d’en tirer véritablement profit. Il convient également
de fournir un appui accru à ces pays pour les aider à diversifier leur
production, leur permettre de mieux saisir les opportunités créées par
les accords commerciaux internationaux et de défendre leurs intérêts
dans le cadre du nouveau cycle de négociations de l’OMC.
De plus en plus, le développement durable exige
une approche globale, intégrant non seulement la dimension économique
mais également la protection de l’environnement et la prise en compte
des aspects sociaux. L’adoption de standards internationaux pour la
production, la diffusion de technologies respectueuses de
l’environnement et l’application de normes sociales sont, à ce titre,
essentielles. Dix ans après Rio, le sommet mondial de Johannesburg sur
le développement durable a constitué une étape importante dans cette
direction.
L’interdépendance des destinées des pays en
développement et des pays industrialisés, rendue manifeste par les
problèmes environnementaux, les flux migratoires, les mouvements de
capitaux internationaux ou encore les problèmes de sécurité
internationale, confère ainsi une nouvelle dimension à la coopération
au développement, qui apparaît désormais avant tout comme une
responsabilité conjointe. Une meilleure appropriation et coordination
des programmes de la part des pays en développement, ainsi qu’une
harmonisation renforcée des politiques de coopération de la part des
pays donateurs deviennent désormais indispensables pour renforcer la
cohérence et l’impact de l’aide. Les récentes crises financières ont
montré d’autre part l’importance d’un environnement mondial stable et
prévisible pour que la coopération soit effective et puisse déployer
tous ses effets.
La coopération au développement est
aussi l’expression d’un intérêt mutuel bien compris. En soutenant le
développement économique, la création d’emplois et la stabilité
politique dans les pays partenaires, la Suisse promeut la création de
perspectives économiques et sociales pour les populations du Sud et
contribue par là à limiter les potentiels migratoires et les risques de
conflits. A long terme, la coopération favorise également l’émergence
de partenaires économiques et commerciaux pour la Suisse.
Par
ses mesures de coopération économique et commerciale, la Suisse entend
participer pleinement aux efforts internationaux pour progresser dans
la réalisation des objectifs de développement du Millénaire. A cet
égard, la volonté de la Suisse, d’atteindre d’ici 2010 un niveau d’aide
publique au développement de 0,4 pour cent du PNB, prend tout son sens
et s’aligne sur la tendance observée au niveau international.
La consolidation et l’optimisation
des efforts entrepris en 1996 dans le cadre du précédent message
permettront de donner une réponse tangible aux nouveaux défis de la
coopération économique et commerciale. Dans la poursuite de cet
engagement, une attention permanente sera portée sur la nature complexe
des relations entre mondialisation, croissance et réduction de la
pauvreté afin d’accroître encore l’impact des actions.
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